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A la découverte du monde en fauteuil roulant

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A la découverte du monde en fauteuil roulant

Alors j’ai enfilé mes gants, gonflé mes pneus et mon moral à bloc, préparé mon sac et je suis partie explorer de nouvelles contrées.

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C’est suite aux recommendations d’une lectrice que j’ai découvert le blog de Aurélie.

J’ai très vite accroché à son histoire et ce qu’elle a accompli en montrant qu’il est possible de voyager, même en étant handicapé. C’est donc tout naturellement que je lui ai proposé de partager avec vous son histoire.

Impossible, trop compliqué, trop cher… ?
Ce sont des termes que l’on associe souvent au fait de voyager avec un handicap. Pourtant Aurélie nous prouve le contraire dans cette nouvelle STORY où elle partage ses premiers voyages, les problèmes qu’elle a pu rencontrer et comment elle est arrivée à les surpasser…

Il est tout à fait possible de voyager malgré le handicap, même s’il est vrai que cela demande plus d’organisation. Atteinte d’une paraplégie spastique héréditaire, me déplaçant la plupart du temps en fauteuil roulant, mais aussi curieuse de découvrir le monde, j’ai voulu montrer que voyage et handicap ne sont pas incompatibles.

Alors j’ai enfilé mes gants, gonflé mes pneus et mon moral à bloc, préparé mon sac et je suis partie explorer de nouvelles contrées, mon carnet de voyage à la main pour consigner l’accessibilité (ou inaccessibilité !) des lieux.

PAGODE SHWE ZI GON A BAGAN

Mais je n’ai pas toujours été aussi aventurière. C’est seulement en avril 2015, alors âgée de 28ans, que je m’envole vers le Japon pour mon premier grand voyage. La révélation !

Ces trois semaines au pays du soleil levant ont été un vrai déclic. Non seulement je suis tombée sous le charme de ce pays et de sa culture mais, surtout, je me suis redécouverte. J’ai réalisé que je peux faire bien plus de choses que je le pensais et cela sans ressentir de honte ou de gêne du fait de mon handicap. Bien au contraire, je me suis sentie heureuse et sereine.

J’avais l’impression de n’avoir jamais été aussi libre. Il n’en fallait pas plus pour que j’attrape le virus du voyage ! Au fur et à mesure des mois qui ont suivi, l’idée de partir explorer le monde a germé dans mon esprit et est devenue obsédante.

Fin 2015, ma décision est prise : je vais partir un an en Nouvelle-Zélande !

Nouvelle-zelande Paysage

Le grand départ n’est pas prévu pour tout de suite alors en attendant j’essaie de trouver des réponses aux questions que je me pose concernant l’accessibilité du générale pays, des logements, des sites touristiques et des randonnées. Je passe de longues heures sur internet.

L’information est rare et pas facile à trouver mais, grâce à quelques sites et aux communautés d’handivoyageurs sur les réseaux sociaux, je parviens à dénicher des informations viables.

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Un an en Nouvelle-Zélande

Le 23 juin 2016 je pose mes roulettes sur le sol néo-zélandais accompagnée de Franck, mon compagnon de vie et de voyage.

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Je suis impatiente de sortir d’Auckland et d’aller découvrir le pays.

En quelques jours nous nous débarrassons de la paperasse à faire, nous achetons un break et nous voilà partis pour un premier road-trip d’une dizaine de jours avant de rejoindre la première famille dans laquelle nous allons faire du volontariat en échange du couvert et de l’hébergement.

Pour cela je m’étais inscrite sur le site HelpX mais j’avais peur de ne pas trouver d’hôtes ou que cela se passe mal une fois sur place à cause de mon handicap. Et bien pas du tout !

A peine 10 minutes après avoir validé mon profil je recevais une demande et toutes nos expériences se sont bien passées. Les familles m’ont toujours confié des tâches adaptées à mes capacités et je n’ai jamais eu l’impression que le handicap était un problème.

Whakatane helpx

Deux semaines par ici, une semaine par là… Pendant plusieurs mois nous sillonnons le pays au travers de ces familles et je ne me lasse pas de parcourir les routes sinueuses du pays. Volcans enneigés, montagnes imposantes, lacs bleus hypnotisants, fjords aux allures mystiques, activité géothermique surprenante et plages de sable noir…

Ce pays est magnifique ! Et, en plus, l’accessibilité y est très bonne. J’ai même pu visiter une grotte de vers luisants entièrement aménagée pour les fauteuils roulants !

Nouvelle-zelande Paysage

Malgré tout il est arrivé certains jours que je me retrouve en difficulté.

Comme la fois, dans le northland, où j’ai cru que nous allions devoir passer la nuit dans le bush à défaut de pouvoir atteindre la fin du sentier avant la fermeture des accès. Je me rappelle aussi du jour où j’ai voulu aller voir le lac Tasman, un lac créé par la fonte d’un glacier du mont Cook. Aller jusqu’au lac a été un moment éprouvant.

Même avec l’aide de Franck, nous avons eu du mal à avancer avec le fauteuil roulant car le chemin est très caillouteux et que la pluie venait empirer la situation. J’ai même dû faire les derniers mètres en marchant et j’ai rarement vu Franck aussi fatigué et agacé. Heureusement la récompense était à la hauteur de nos efforts.

Voyager handicap montagne

Face à nous s’étendait le lac Tasman, de couleur bleu turquoise et d’aspect presque crémeux, sur lequel flottaient quelques icebergs. Je n’aurais jamais pensé qu’un jour j’aurai le plaisir de voir un tel paysage de mes propres yeux.

Alors, pendant quelques minutes, je suis restée immobile sous la pluie à admirer ce panorama et à prendre conscience du chemin que j’avais parcouru en quelques mois.

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Tester le ski adapté sur un volcan néo-zélandais

Les mois s’écoulent. Une nouvelle famille nous attend dans la ville de Taupo.

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Au loin le mont Ruapehu, entièrement recouvert de neige, surplombe le lac Taupo. La beauté du panorama me fige : je tombe immédiatement sous le charme de ce volcan qui semble m’appeler à lui.

Impossible pour moi de me lancer à l’assaut de ces pentes en parcourant la célèbre randonnée “Tongariro Crossing” qui est impraticable en fauteuil roulant. Mais une autre possibilité s’offre à moi.

Il y a quelques années, Franck m’avait parlé du ski adapté pour les personnes en situation de handicap mais je n’avais pas donné suite. Sans doute par manque de motivation et aussi par difficulté d’acceptation de mon handicap.

Mais ce jour-là, en contemplant ce volcan enneigé, je me rappelle de cette conversation. Dès que je rentre chez notre famille d’accueil je leur parle de mon envie. Ils me confirment que la station de ski a du matériel adapté et ils veulent bien me prêter la parfaite panoplie du skieur. Ni une ni deux, j’appelle la station pour réserver ma première leçon de ski adapté, également appelé sit ski.

Voyage en fauteuil roulant

Deux jours plus tard nous voilà donc sur les pistes ! Je découvre avec excitation l’univers des sports d’hiver et rencontre Carlotta, ma monitrice.

En quelques minutes je suis installée, sanglée de toutes parts dans le sit ski. Mes jambes et mon corps sont attachés à plusieurs niveaux et la coque rigide du sit ski vient entourer fermement mon corps. Je ne risque pas de m’échapper !

C’est parti pour l’apprentissage ! Pour commencer il faut que j’arrive à trouver mon équilibre sans bouger. Au bout de quelques secondes je bascule sur le côté. Je comprends vite pourquoi il est important de trouver son équilibre : pour se relever il vaut mieux avoir de solides abdominaux !

Tout se fait à la force des bras et des abdos. Maintenant que je maîtrise cet exercice il faut que j’apprenne à avancer.

Dit comme ça, ça parait tout bête mais la première fois, étant sur du plat, je n’ai pas bougé d’un centimètre ! Pas évident de bouger son propre poids et celui du sit ski !

Ski en chaise roulante

Mais finalement, une fois que l’on a compris quel mouvement faire ça va tout seul. Voilà, je suis prête pour ma première descente de ski ! Enfin pas toute seule ! Pour l’instant c’est Carlotta qui me pousse et m’oriente pendant que je découvre la sensation de glisse. Une fois que je me suis familiarisée avec la neige, les choses sérieuses commencent.

Je dois apprendre à contrôler mon sit ski : tourner, freiner, prendre des remontées mécaniques…

Apprendre à faire du ski adapté est plus long que d’apprendre à skier de façon habituelle mais finalement, au bout de trois demi-journées, je peux descendre une piste seule. Maintenant je vais pouvoir partager ces moments sur les pistes avec Franck, un souhait qui lui tenait à coeur depuis longtemps.

A peine cette expérience terminée qu’il me tarde déjà de retrouver les pistes et de me perfectionner !

Mais à défaut de pouvoir rester skier quelques jours de plus (budget de backpacker oblige !) nous avons repris notre aventure sur les routes néo-zélandaises.

Pour autant de nombreuses autres découvertes sportives m’attendaient. De façon insoupçonnée, je me suis découverte sportive. Au fur et à mesure des mois j’ai pratiqué l’équitation pour la première fois et parcouru une rivière pendant trois jours en canoë. Avec un peu d’aide humaine c’est fou tout ce que l’on peut faire !

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Quand j'ai commencé à repousser mes limites en Asie du sud-est

Cela restera l’une de mes expériences de voyage les plus intenses, à la fois enrichissante et difficile.

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Notre année en Nouvelle-Zélande arrive déjà à sa fin mais nous ne sommes pas prêts à rentrer en France directement. Il y a tant à découvrir sur le chemin du retour et cela fait déjà quelques temps que l’idée d’un voyage en Asie du sud-est me trotte dans la tête. Alors même si ce continent n’est pas réputé pour être le plus accessible, nous décidons de tenter l’aventure !

Au programme : la Malaisie, Singapour, l’Indonésie et la Birmanie.

Rebords de trottoirs géants, temples remplis de marches, routes encombrées : je ne vais pas vous mentir, cette région du globe n’est pas de tout repos pour les personnes à mobilité réduite.

Mais autant voir le bon côté des choses : ça me fait faire de la kiné gratuitement ! En plus, le manque d’accessibilité dans ces pays est souvent compensé par l’aide des locaux. Attentionnés, ils ont toujours cherché à m’aider, même si je dois avouer que je n’étais pas très sereine lorsque j’ai dû me faire porter au dessus de l’eau pour être transférée d’un bateau à un ponton !

Sulawesi riziere

Je garde beaucoup de souvenirs forts de ces trois mois et demi en Asie mais l’expérience la plus marquante restera notre séjour à Belopa.

Quoi, vous ne connaissez pas ? C’est normal.

Perdu au centre de la Sulawesi, une île indonésienne, Belopa est un village où nous nous sommes rendus pour enseigner l’anglais à des enfants. Cela restera l’une de mes expériences de voyage les plus intenses, à la fois enrichissante et difficile.

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Durant les journées, nous allions à l’école donner des cours d’anglais et profitions de ces moments d’échanges privilégiés avec ces jeunes.

Nos échanges ne se limitaient pas seulement aux heures de classe, aux quelques notions d’anglais que nous enseignons et aux mots d’indonésiens qu’ils prenaient plaisir à nous apprendre.

Ces enfants et leurs familles nous ont accueillis à bras ouverts, nous ont conviés à leur repas de fête, nous ont initiés à leurs coutumes et nous ont touchés par leur sincérité.

Contrairement à nous, ils disent leurs émotions et sentiments sans pudeur. Ils se confient, racontent leur histoire, leurs blessures alors même que nous connaissons seulement depuis quelques heures. De part cette relation humaine, si directe, je me suis vite attachée à cet endroit, à eux.

Malaise coucher de soleil

Mais qui dit endroit reculé dit difficultés d’accessibilité.

Avant notre arrivée, nous en avions discuté avec Madi, notre hôte. Il nous avait envoyé des photos de la maison, histoire que l’on se fasse un avis, donc on savait que je ne pourrai pas utiliser le fauteuil roulant dans la maison mais, comme je peux marcher un peu, on pensait pouvoir s’en sortir. La réalité fut tout autre.

A peine sortis du bus qui nous a déposé à Belopa, Muna, un membre de la famille, vient nous chercher… en scooter !

Malgré son visage qui trahit sa surprise, il nous affirme que tout va passer sur le scooter, fauteuil inclus. Après quelques essais infructueux, Muna décide d’appeler une connaissance qui possède une voiture et qui va nous déposer.

Mais nous ne sommes pas au bout de nos surprises !

Quand le véhicule s’arrête à une centaine de mètres de la maison, nous comprenons qu’il va falloir finir à pied. Le terrain est plein d’obstacles alors Franck décide de me porter sur son dos, sous le regard amusé de nos hôtes.

Il nous diront plus tard qu’ils trouvent cela très “romantique” ! Ce petit numéro allait se répéter tous les matins pour aller à l’école.

Quand aux sanitaires, je ne pouvais pas m’en servir seule car je devais rester debout, sans pouvoir prendre appui, dans une toute petite pièce faites de bouteilles en plastique et occupée par de grosses araignées.
Autant vous dire que ma dignité en a pris un coup ! Nos hôtes ont alors tout fait pour nous aider et rendre notre séjour chez eux plus facile.

Mais malgré cela j’ai dû me rendre à l’évidence : j’avais voulu pousser mes limites un peu trop loin.

Je devais mettre fin à ce séjour. Les conditions dans lesquelles je me suis mise, aussi cocasses soit elles, me fatiguent trop.

Je sens que ma capacité à en rire diminue et je préfère partir avant de craquer, emportant ainsi avec moi les souvenirs de cette belle expérience humaine.

Il était donc temps pour nous de dire au revoir à Madi, à sa famille et à tous les gens avec qui nous avons partagé ces moments.

Sulawesi Franck

Alors c’est le coeur lourd que nous sommes partis. Mais grâce à internet et aux réseaux sociaux nous continuons toujours à échanger avec certains de nos élèves.

Et après quelques nuits de repos dans un hôtel plus adapté j’étais de nouveau pleine d’énergie, prête à continuer notre périple asiatique. Les cérémonies funéraires de Toraja, les temples hindous de Bali et les volcans sulfureux de Java n’attendaient que nous.

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Quand la passion devient profession

Ce qui avait commencé comme un simple PVT en Nouvelle-Zélande s’est mué en une vocation.

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D’abord certains des lecteurs de mon blog ont commencé à me poser quelques questions d’accessibilité et d’organisation de voyages, auxquelles je répondais avec beaucoup de plaisir.

Comme ce père français tétraplégique avec qui nous avons échangé dans l’optique d’un éventuel voyage en Nouvelle-Zélande.

Quelques mois plus tard, il m’annonçait son départ pour ce pays afin d’y rejoindre son fils pendant trois semaines.

J’étais toute émue.

Alors une idée a commencé à germer dans mon esprit : pourquoi pas allier passion et profession ?

NGWE SAUNG EN BIRMANIE

Puis en Asie j’ai rencontré des personnes engagées dans le développement du tourisme accessible.

Ensemble, nous avons visité des lieux touristiques, testé leur accessibilité, rencontré des responsables de structures touristiques locales et réfléchi à la création et à l’amélioration d’offres de voyages accessibles aux personnes handicapées.

Je me suis vraiment prise au jeu. Alors je fais le grand saut. Au revoir ma carrière de juriste et mes CDD à répétition, je ne vous regretterai pas. Je me lance dans une nouvelle carrière qui me permettra de continuer à explorer le monde et à me sentir utile.

EN INDONESIE AVEC KERSTIN D’ACCESSIBLE INDONESIA

En tous cas, s’il y a une seule pensée que j’aimerai transmettre c’est que si le voyage vous intéresse :

Osez! Notre monde n’a jamais été aussi accessible qu’aujourd’hui et les possibilités de le découvrir sont multiples, adaptées à chacun. Click to Tweet

Vous n’êtes pas obligés de partir à l’autre bout du monde. Vous pouvez commencer par quelques jours près de chez vous et peut-être que, dans quelques années, nous nous croiserons dans un coin magnifique sur un autre continent !

Liens utiles :

Ryan LesacadosVous pouvez suivre Aurélie sur son blog I Wheel Travel, sur son compte Instagram et sa page facebook.

Le site wheelchair world répertorie les sources d’informations sur l’accessibilité par pays.

Le site Access Trip : site qui permet de renseigner des fiches concernant l’accessibilité de différentes destinations.

Groupe Facebook Accessible Travel Club permet d’obtenir des informations facilement, notamment sur le logement et le transport.

N’hésitez pas à liker/partager la story si vous avez aimé et poser vos questions à Aurélie dans les commentaires.

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