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Mon expérience Ayahuasca : voyage avec un chaman en enfer

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Mon expérience Ayahuasca : voyage avec un chaman en enfer

Mon épreuve avec l’Ayahuasca fut l’expérience la plus intense, spirituelle, émotionnelle, hallucinante, effrayante que je n’ai jamais vécue. Et à ce jour, je ne crois pas en être revenu.

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Malgré mes vagabondages et toutes les petites expériences que j’ai pu vivre depuis plusieurs années, rien n’aurait pu me préparer à ce voyage intérieur que je m’apprête à vous décrire.

Mon plus grand défi, dans cet article, réside dans l’interprétation et l’expression des visions que j’ai eues pendant cette expérience…. C’est comme-ci mon âme s’était complètement détachée de mon corps pour entrer dans un monde jusqu’alors inconnu.

Note : les différentes conversations retranscrites ici étaient moitiés espagnoles moitiés anglaises.

– Bonjour ! Vous avez une chambre de libre ?
– Si senior !
– C’est combien ?
– 50 soles.
– J’veux pas acheter l’hôtel, j’veux simplement une chambre pour la nuit.
– Comment ?
– Non rien… J’peux la voir ?

La chambre est plutôt sommaire : un lit avec une couverture à fleurs roses, un bureau en bois avec une lampe posée dessus et à côté une fenêtre donnant sur les montagnes environnantes, laissant apparaître un paysage tantôt verdoyant, tantôt glacé par la neige.
Rien de bien emballant mais juste assez pour me poser et écrire.

Je décide de la jouer poker face pour négocier le prix.

– Mouais ok. Bon j’vais quand même faire un tour et voir si je trouve autre chose. Je vais peut-être repasser…
– Ok, et si je vous la fais pour 40 soles ?
– Disons plutôt 20 ?

Il fait mine de réfléchir, mais lui et moi savons très bien quelle sera la réponse. Les touristes et voyageurs de passage dans cette vallée sacrée ne restent pas pour la nuit généralement. Je dois donc être son seul client.

– Bon ok, va pour 20 soles !

Après quelques paperasses, je retourne dans la chambre et m’étale sur le lit comme une merde étoile de mer. La journée de bus m’avait complément épuisé.

Je venais tout juste d’arriver à Pisac, un village situé dans la vallée sacrée des Incas, dans la région de Cuzco. Le hasard des rencontres m’a guidé jusque-là

Pour les plus curieux, Pisac c’est ici :

Quelques jours auparavant, j’avais rencontré Antoine dans le bus. Un français complètement déjanté. Son truc, c’était les expériences mystiques. D’ailleurs j’me souviens de notre conversation comme si c’était hier.

– Tu vois, j’reviens tout juste du Pérou où j’ai pu y faire plusieurs expériences chamaniques. La première c’était vers Iquitos, dans la jungle.
J’avais demandé à un employé de l’hôtel s’il savait où je pouvais essayer l’Ayahuasca et il m’a filé un prospectus. Son papier, c’était Disneyland, mais j’me suis laissé tenter. J’y suis allé avec plusieurs personnes de l’hôtel et tu sais quoi… ?

– Non dis-moi !

– C’était horrible, du grand n’importe quoi ! J’veux dire à ce moment-là, je n’avais jamais participé à une cérémonie du genre, mais j’étais sûr que ça se passait pas comme ça.
On est arrivé vers 15 h dans une espèce de centre près de la jungle. Là t’as un type qui nous attendait avec d’autres touristes, genre bien excité.
On nous emmène dans un endroit en plein air aménagé et après nous avoir briefés en deux secondes on nous fait assoir en cercle et on nous fait boire le truc.
J’ai halluciné, rien n’était comme ce que j’avais pu lire sur le sujet. Le pire c’est que le pseudo-chaman ne te guide ou ne t’accompagne même pas dans la cérémonie alors que c’est la base !
C’est devenu un très gros business, on te vend des « tours mystiques » à la tire partout.

-Ouais j’ai déjà vu ce genre de choses en Inde, le business du spirituel.

–C’est clair, mais heureusement c’est pas partout comme ça. Lors de mon trek vers Pisac, j’ai rencontré Carlos. Un mec super. Il a grandi dans la jungle près de Pucallpa.
Dans sa famille, on est chaman de père en fils, depuis des générations.
Pendant sa formation le gars est resté un an dans la jungle tout seul ! Tu t’rends compte ? Un an ! Avec sa bite et son couteau !

Il a commencé à me raconter comment ça s’est passé. Ils étaient quatre en tout. Lui, un Péruvien, un Américain et Carlos le chaman. Ils sont restés en tout pendant 4 jours dans la jungle.

l’Ayahuasca se boit sous des conditions très particulières et il faut préparer son corps avant d’ingurgiter le liquide. Du coup un régime très spécial est requis pendant plusieurs jours.

Le grand soir, quand tout le monde fut prêt, ils ont commencé la cérémonie et… Il n’a pas voulu me dire ce qu’il a vu. Tout ce que je sais c’est qu’il a été extrêmement marqué, il avait du mal à m’en parler.

Au début, j’pensais qu’il jouait la comédie, qu’il survendait le truc. Puis j’ai vu dans son regard qu’il avait été vraiment touché… Du coup je n’ai pas insisté. ..

En se quittant, il m’a donné les coordonnées du chaman.
Enfin « coordonnées » est un grand mot, il m’a juste noté son nom et la ville où le trouver. Sur le coup, j’avais l’impression d’être avec Daffy du film La Plage.

Moi et la culture indienne

Je crois que tout ça a commencé en découvrant le lien qui existe entre le psychédélisme et le spirituel, en partie alimentée par le livre «DMT, La molécule de l’esprit » par Rick Strassman.

Pour moi, la spiritualité c’est l’expérience de l’esprit. Les expériences physiques conduisent à une meilleure compréhension du monde extérieur de la même manière que différentes expériences psychiques nous amènent à une plus grande compression de notre intérieur. Ça a été mon fil d’Ariane pendant quelque temps et ça m’a conduit à tester la méditation, le yoga, le jeûne, le sommeil polyphasique, le rêve lucide et pas mal d’autres choses pour revenir finalement au plus important : ma vie quotidienne.

Car à la fin de tout ça c’est la réalité que nous devons affronter. Vivre sa vie sous un état alternatif de conscience n’est qu’une échappatoire facile à son véritable soi.

En découvrant la culture amérindienne et sa tradition qui s’attache à forger les esprits m’ont aussitôt fasciné. En fait, l’expérience est le maître mot. Comprendre par soi-même et atteindre un état de conscience, un univers, qui est tout sauf matérialiste.

Pour ceux qui ont du mal à atteindre cet état de conscience, il y a les médecins de l’âme. Les chamans. Ils ne donnent pas les réponses, mais ils accompagnent les âmes des personnes dans cette quête du soi.

La perspective de pouvoir tester l’Ayahuasca en Amérique du Sud m’est donc plusieurs fois passée par la tête, mais c’est devenu un tel phénomène de mode et un tel business que j’avais tout simplement oublié l’idée.

Cette rencontre avec Antoine m’est apparu comme un signe, une occasion pour moi de vivre cette expérience mystique.

C’est quoi l’Ayahuasca ?

C’est un breuvage naturel résultant d’un mélange de plusieurs plantes de la jungle d’Amérique du Sud. Il est consommé lors des cérémonies par les indigènes depuis des millénaires et permet d’échanger avec les esprits, d’élever l’état de conscience, de soigner les maux de l’âme voire même des maladies importantes. On raconte qu’il aurait aussi des effets télépathiques.

En d’autres termes, l’Ayahuasca est une boisson narcotique aux effets puissants : visions éclatantes, agréables sensations auditives, lucidité extrême, extases.

Mais si on y est mal préparé, cet hallucinogène peut provoquer de terribles réactions : cauchemars épouvantables, nausées, sensations d’étouffement, etc.

Pour prendre l’ayahuasca, il faut donc avoir une démarche, un but précis. En consommer à des fins récréatives, sans n’être averti ni accompagné peut se révéler dangereux pour l’esprit de celui qui ne serait pas capable de se regarder en face.

Après quelques recherches sur Wikipedia, j’ai pu lire certaines que personnes étaient mortes suite à la prise de ce puissant hallucinogène. La plupart du temps du fait à un mauvais dosage de la part de faux chamans.Cet article en parle.

Message à la famille : vous en faites pas, l’Ayahuasca est non addictive, et bien qu’elle soit considérée comme une drogue en France, elle ne l’est pas du tout en Amérique latine.

À la recherche de Carlos

Après m’être assoupi plus d’une heure je me mets en quête du fameux Carlos. Mais avec un nom et celui du village le plus proche de chez lui… ça promet.

En sortant, je demande au gérant de l’hôtel s’il connait Carlos, le chaman. Il m’oriente alors vers le magasin de sa femme qui se trouve en plein centre du village. En réalité, c’était plus facile que ce que je l’imaginais.

Problème : elle n’y est pas.

Cela me donne l’occasion de manger un peu car mon ventre commence à crier famine et je me dis que je me sentirais beaucoup mieux. Je rentre donc dans le premier restaurant. Une femme y sert des empanadas et une sorte de bouillie à laquelle je ne souhaitais pas m’essayer. Soyons raisonnable : une expérience à la fois !

Tout en lui faisant du charme, je lui demande s’il est possible d’avoir un sandwich à la place. Elle me répond « si » avec un grand sourire (la french touch les gars !).

Je profite pour lui demander si elle connait un Carlos dont la femme tient le magasin juste à côté. Elle me dit oui, mais il n’est pas là aujourd’hui.

Elle me dit que sa femme devrait être de retour dans une heure.

J’profite donc de mon sandwich sur une table dehors en regardant des enfants jouer au foot. Plusieurs fois la balle vient taper dans mes pieds, je les soupçonne de faire exprès et décide de leur montrer comment on joue au foot en France.

Ça fait des passes, des petits ponts et des tacles ! Les enfants me mettent la raclée, enfin c’est ce que je leur fais croire. Ce n’est pas facile de faire semblant de perdre tout en montrant qu’on est prêt à tout pour gagner !
17 h, je vois le magasin s’ouvrir.

Me rendo, me rendo ! Vous êtes trop fort, j’abandonne !

Ils avaient l’air tellement contents d’avoir battu un français au foot. Sacrés p’tits filous.

Je me dirige vers le magasin pour rencontrer la femme de Carlos. C’était un magasin de vente d’herbes et d’épices, ça sentait vraiment fort…

– Holà, je peux vous aider ?
– Oui, serait-il possible de parler à Carlos ?
– À quel sujet ?
(Je lui explique la raison de ma venue et ma rencontre avec Antoine.)
– D’accord, je vois, le problème c’est que Carlos ne sera de retour que dans trois jours.
– Quoi ? Trois jours ?!

J’savais plus trop quoi faire… Elle me propose de l’appeler et de lui parler.
Sur le coup, je n’sais pas pourquoi, j’avais du mal à imaginer un chaman de la jungle péruvienne avec un téléphone portable.

Au téléphone, elle lui explique brièvement la situation avant de me le passer.

Carlos avait une voix douce. Il me dit que si je suis prêt à attendre quelques jours il est d’accord pour l’initiation.
J’avais mis plusieurs jours pour arriver jusqu’ici, je n’allais tout de même pas rebrousser chemin maintenant ! Je lui dis que je suis prêt à l’attendre.

Pour pas perdre de temps il m’indique un régime très particulier à suivre pendant quelques jours :
Il faut absolument éviter tout ce qui est sucre, sel, matières grasses, porc, viandes rouges, alcool, café, thé et les épices.
Il me dit aussi d’éviter tous les produits chimiques et les produits préparés industriellement.

De plus il est recommandé de ne pas utiliser de cosmétiques, de savons et shampooings chimiques. Il ajoute à la fin :

– Ah oui, et le plus important, pas de relations sexuelles !
– Ok…
– Je veux dire, pas de masturbation non plus.
– Oui oui, j’avais compris le message.
– C’est important !

Si j’résume bien je vais mourir de faim, j’vais puer autant qu’un milk-shake à la diarrhée et en plus j’vais pas pouvoir…

– Du coup je peux manger quoi ?
– Seulement du riz blanc quelques légumes et de temps en temps du poulet et du poisson si tu veux. Bien entendu tu as droit à de l’eau. Le dernier soir (vendredi) pas de repas !
– Ok j’pense pouvoir gérer.
– Oui j’espère sinon tu risquerais de rater l’initiation.

Il me donne rendez-vous le vendredi d’après, vers 19 h au coucher du soleil près du magasin. J’avais l’impression de revivre mon expérience dans le temple bouddhiste en Thaïlande

Trois jours en ville

Ce fut les trois journées les plus longues de ma vie. Je les ai essentiellement passées à visiter les différents sites archéologiques, les marchés, les quelques villages aux alentours et à écrire dans ma chambre en regardant les montagnes.
J’ai aussi passé un après-midi à jouer au foot avec les enfants de l’autre jour.

Vendredi, c’est le grand jour, je vois les heures passées l’une après l’autre.
10 h : j’me pose sur une terrasse
11 h
12 h : j’vais manger une assiette de riz dans le restaurant du coin
13 h : Je me balade dans les alentours
14 h
15 h
16 h : je rentre prendre une douche
17 h : je bouquine.
18 h, c’est marrant comme la dernière heure passe encore plus lentement que les autres. Je suis excité à l’idée de rencontrer Carlos et de vivre mon expérience. Mais en même temps j’éprouvais une certaine appréhension.
Vers 18 h 50, je quitte de ma chambre et me rends au point de rendez-vous.
Trente minutes après, je vois un 4×4 s’approcher. Aveuglé par les phares j’ai du mal à savoir si c’est Carlos ou quelqu’un d’autre. De toute façon je ne l’avais jamais rencontré.

-Ryan ?
-Oui
-Ça va ? C’est Carlos, monte !

Je m’exécute et monte dans la voiture. C’est marrant je ne l’imaginais pas du tout comme ça, en fait je ne m’attendais à rien du tout, mais la seule fois où j’ai tapé chaman sur google j’étais tombé sur des images très caricaturales, genre un type en slip avec des tatouages et des plumes partout.

J’étais loin de penser que le chaman que j’allais rencontrer serait la version péruvienne de Steve Jobs. Pantalon en jean, pull noir, baskets blanches.
On pouvait pas faire plus normal.

La route du Chaman

Nous voilà en route pour chez lui.

On roule pendant peut-être 20 minutes à travers la jungle. Il me dit qu’il s’excuse pour les trois jours. Chaman n’est pas vraiment un métier, on ne peut pas en vivre ici au Pérou. Mais il continue de soigner les villageois et les habitants des tribus du coin qui ont conservé leur culture traditionnelle. Il initie aussi quelques voyageurs comme moi, mais ce n’est pas suffisant pour vivre. Pour pouvoir nourrir sa famille, il bosse dans une usine de mise en bouteille de bières.

On arrive chez lui, c’est plutôt sympa. Je vois sa femme qui me salue et ses enfants. J’ai trouvé ça rassurant, j’me trouvais tout de même au milieu de nulle part et je ne cache pas que l’histoire Betancourt m’a traversé l’esprit.

Tout en commençant à préparer les différentes herbes, il me pose quelques questions. Il me demande d’où je viens, ce que je fais dans la vie et pourquoi je souhaite tester l’Ayahuasca. Je lui réponds, brièvement, tout en étant absorbé par ce qu’il faisait. Il a l’air d’avoir fait ça toute sa vie.

Au bout de quelques minutes, il me dit que ce serait bien meilleur à l’extérieur. Nous nous dirigeons donc dehors, en plein air, avec juste un toit au-dessus de la tête.

Là, nous sommes entourés par la jungle, par des bruits d’insectes aussi impressionnants qu’étranges, des oiseaux nocturnes, chouettes, hiboux et autres cris d’origine inconnue. Les lucioles sillonnent l’air comme 1000 étoiles brillantes. Le tout éclairé par une demi-lune et les quelques bougies qu’il venait d’allumer. Le spectacle était beau.

Avant de commencer, il me demande si j’ai bien fait attention à ce que j’ai mangé et si j’ai respecté les règles J’ai dit oui.
Il termine la préparation de l’Ayahuasca dans un récipient. Je le regarde faire.

A côté de moi, je repère un seau, j’me demande à quoi ça peut servir…

Il souffle 3 fois de la fumée, du tabac il me semble, dans le récipient et verse ça dans une espèce de tasse en bois. Il commence à chanter ce qui semble être des chants rituels. Il me tend ensuite la tasse en bois.

– Tiens, prends.
– Je dois la boire ? (je me rends compte de la stupidité de la question au moment de la poser).
– Oui tout à fait
– Heu ok, en une fois ?
– C’est toi qui vois, mais généralement oui ça se boit d’un trait.

Je bois cul sec. Le goût est atroce, amer, âcre, très fort. C’est épais et huileux, ça colle aux dents et au palais.
Il voit la grimace que je fais et ça le fait sourire. Il se sert à son tour de l’Ayahuasca et en prend beaucoup plus.

Durant cette expérience, le chaman doit être encore plus sous l’emprise de l’Ayahuasca que la personne qu’il guide.

Je vois son regard éclairé par la bougie, il baisse la tête et souffle dessus. J’entre dans un autre monde…

A la découverte du monde l’Ayahuasca

Plusieurs minutes passent dans un silence complet, j’ai l’impression que les bruits étranges entendus plus tôt ont totalement disparu. Carlos se met alors à chanter, en espagnol, je crois. Enfin je n’sais pas trop, mais on appelle ça Icaros. J’ai lu que ces chants permettent de guider l’esprit et que chaque chant à une fonction bien précise.

10 minutes passent, puis 20 et 30. Carlos se met à chanter plus intensément.

Je ressens quelques nausées au début suivi tout à coup par des visions intenses et vives. Des formes géométriques, de toutes les couleurs, qui virevoltent, bougent et gigotent dans tous les sens, ça explose. Chaque son devient une couleur, chaque chose devient un son. Je ne comprends pas ce qui se passe, mais c’est magnifique. J’entends Carlos chanter différemment, puis je commence à voir autre chose.

C’est très dur à décrire, mais en gros tout ce que je regardais autour de moi, me regardait en retour. Les arbres, la terre, le ciel, la lune. J’avais l’impression de comprendre les choses et de les perdre très vite. Puis j’ai eu quelques moments où j’ai pensé à moi, à ce que je vivais dans ma vie en ce moment.

Je voyais les choses que je traversais, de l’extérieur. Comme si j’étais mon propre juge. C’est vraiment difficile à d’écrire et je crois que cette partie-là et très personnelle…

–Como està ? me demande Carlos
–Està bien, gracias

J’ai immédiatement senti l’envie d’en prendre plus, comme-ci ce n’était pas suffisant. J’ai l’impression que Carlos l’a ressenti, car il me demande si je souhaite encore en boire un peu. Je réponds oui, très enthousiaste.

Pourquoi ai-je toujours besoin de plus?
Pourquoi n’était-ce pas suffisant?
Que me manquait-il?

Carlos se met à chanter encore différemment. Je ressens une succession de vagues, comme-ci on venait fouiller au fond de mes tripes, comme un scanner qui débusquerait des zones sombres.

Là, la vision de lumière et de joie que j’ai ressentie quelques minutes avant s’était complètement envolée, laissant place à quelque chose de beaucoup plus sombre. Mon estomac criait et mon corps a tout d’un coup éclaté en sueur froide.
D’un coup, je me sens fiévreux et je me dis :

oh merde, qu’est-ce que j’ai fait …

De la lumière vers les ténèbres

Je choppe d’un seul coup le seau qui se trouve à côté de moi et je commence à vomir mes tripes et mon exécrable égo. Je vomis à en crier et avec une telle force que la meilleure description serait une explosion nucléaire déchirant le tissu de tout ce qui m’est réel. J’ai des visions intenses de bombardement provenant de tous les côtés, je ne peux pas donner un sens à quoi que ce soit.

Émotionnellement, je suis un volcan en éruption. Mon âme n’est plus reliée à mon corps ni à tout ce qui m’entoure. Je suis dévoré par la peur et la solitude. Cette expérience est un véritable enfer, et encore, je ne trouve pas de mots pour décrire cette horreur.

La première chose qui me vient à l’esprit après un long moment c’est « comment me sortir de là ? » Je réalise de temps à autre l’horreur que je vis, quelle expérience cruelle ! Alors j’essaie de reprendre mes esprits, de me dire que tout ceci n’est que dans ma tête.

Ok Ryan, t’es assez fort pour surmonter tout ça, reste calme.

Mais je rechute complètement ! Comme si je retombais dans un gouffre sans fin. J’ai l’impression qu’on s’amuse avec moi, comme si j’étais une marionnette, un jouet.

Et là, je prends conscience de quelque chose ; je ne suis pas aussi fort que ce que je croyais. J’ai peur, je me sens seul et perdu, au milieu de tout.

La prise de conscience

Lentement, après presque une heure dans cet état-là, je commence à prendre conscience de l’expérience que je vis. C’est une espèce de drogue que j’ai prise et comme toutes les drogues l’effet n’est que temporaire. Je ne sais toujours pas où j’en suis et je suis encore perdu, mais je suis touché de temps à autre par une espèce de clarté qui doit sûrement contenir une signification.

Puis d’un seul coup, je comprends qu’il faut que je renonce à contrôler ce qui se passe, qu’il faut tout simplement que je me laisse aller.

J’entends la voix de Carlos, je ressens sa voix comme un fil conducteur, un chemin à suivre, un phare dans le noir infini.
Et puis pour la première fois, j’ouvre les yeux…

Je crois que j’ai besoin d’aide Carlos, j’me sens mal. Vraiment.

black-out

La renaissance

Au petit matin, je me réveille dans la chambre. Je ne sais pas comment j’y suis arrivé. Je ne me souvenais plus de rien.
Mais je me sentais bien.

Le soleil venait caresser mon visage. Les oiseaux chuchotaient au loin. L’air frais venait me remplir les poumons. Une sensation de plénitude me parcourait.

Je sors dehors et vois Carlos assis sur une chaise, en train de fumer. Il me sourit.

–Tu te sens comment ?
–Bien, enfin je crois. C’était assez violent à la fin nan ?
–Tu avais beaucoup de tensions oui, tu as bien vomi, c’est une bonne chose, tu t’es purifié.
–Oui, j’me sens léger en tout cas
–Il faudra continuer ta diète pendant une semaine et refaire une séance là où tu seras. Je pense que tu trouveras d’autres réponses. La première séance est toujours très violente pour le corps et l’esprit.

Je ne dis pas que l’Ayahuasca a radicalement changé ma vision des choses, mais j’ai appris quelque chose ce soir-là, c’est que je ne pouvais pas tout faire moi-même et surtout qu’on est puissant et fort seulement avec le soutien de personnes qui nous entourent.

Seuls nous ne sommes rien.

Après toutes ces années à voyager seul, j’ai l’impression qu’il fallait que je vive cette expérience pour comprendre que peu importe la force qu’on pense avoir, être entouré, avoir un phare ou ouvrir son cœur et demander de l’aide quel que soit la situation, est indispensable. La seule chose qui nous retient c’est notre ego, la peur et la honte.

J’ai aussi vu et compris beaucoup d’autres choses, beaucoup plus personnelles…

Avant de repartir, je rassemble mes affaires.
Carlos, me propose de me raccompagner au village. Mais je lui réponds que je préfère marcher. Il m’indique la direction à prendre et me dit :

–Ma maison est la tienne, reviens quand tu veux ! Je suis content de t’avoir rencontré.
–Et moi donc, merci pour tout.
–Surtout n’oublie pas, écoute ton cœur.

Nous nous serrons dans les bras et je pars sous la brume, le sourire aux lèvres. Je n’ai plus peur…

A ce jour, je n’ai toujours pas réessayé l’ayahuasca…

NOTE : Vous êtes nombreux à me demander les informations pour retrouver Carlos, malheureusement les seules infos dont je dispose sont ceux cités dans l’article. Je ne sais pas s’il vit encore au même endroit…