Chargement…

Ma retraite dans un temple bouddhiste en Thaïlande

1

Ma retraite dans un temple bouddhiste en Thaïlande

Vers 21 h, je me dirige vers mon dortoir. Je m’endors avec des tonnes de doutes et de questions. Ai-je bien fait de venir ici ?

Scroll pour lire la suite
Swipe pour voir plus d'articles

La dernière étape de mon périple en Asie du Sud fut la Thaïlande. Qui dit « dernière étape » dit aussi « budget limité ». Je m’étais tout de même pas mal débrouillé jusque-là. Quatre mois plus tôt, je n’avais que 210 euros en poche, et j’ai réussi à survivre grâce à de petits boulots trouvés çà et là.

L’un de ces jobs fut guide pour touriste dans la jungle de Bang Kra Jao, près de Bangkok. Assez drôle, non, sachant que j’étais moi-même touriste !

Mais voilà, si je voulais profiter de mon voyage, je ne pouvais pas rester au même endroit indéfiniment.
Le hasard faisant bien les choses, j’ai rencontré un couple de voyageurs néo-Zélandais, Earl et Lucie, avec qui j’ai partagé le même dortoir dans une auberge de jeunesse de la ville. Ils revenaient du temple bouddhiste Nanachat, situé dans le nord-est de la Thaïlande.

Ils m’expliquent avec émotion à quel point l’expérience fut enrichissante.

Ce qui retient plus encore mon attention, c’est quand j’apprends qu’on peut y séjourner et y manger gratuitement ! Deux raisons suffisantes pour me décider trois jours plus tard à prendre un train pour Ubon Ratchathani et ce temple bouddhiste.

C’est assez difficile de l’avouer, mais au départ ma première motivation était de lier expérience et bon plan. Et si je trouvais cette expérience plutôt enrichissante, je n’y voyais que le bon plan vu ma situation financière.

En direction du temple

Après une nuit de train, j’arrive à Ubon. Malheureusement, j’apprends qu’il faut écrire au monastère (par courrier, car il n’utilise par internet…. Logique) pour leur signaler notre arrivée et attendre leur réponse.

Merde, cette condition n’était pas prévue au programme !

Pour ne pas perdre de temps, je leur écris donc aussitôt une lettre en anglais et leur parle de mon histoire ainsi que ma rencontre avec Earl et Lucie.

Vu l’heure, je décide de dépenser mes derniers sous dans un des hôtels miteux de la ville. Cela me donnait en même temps une adresse pour recevoir la réponse du temple.

Quatre jours plus tard, un courrier valide mon séjour au monastère quand je le souhaite.
Et le matin même, je décide de me rendre à Wat Pah Nanachat en tuk-tuk, le moyen de transport le moins cher.

Mon arrivée

En arrivant au temple, j’ai vite compris que j’échangeais mes journées de distraction contre quelque chose de plus spirituel. Ici, pas de full moon party, et on ne viendra pas vous solliciter pour un ping-pong show et encore moins un massage boom boom.

Un long chemin proprement balayé mène à l’entrée du monastère. Le son des animaux accompagne mes pas. Je n’entendais plus ni le bruit des voitures et ni celui des tuk tuk. Un calme bienvenu et apaisant.

Quand j’arrive au temple, un moine, responsable de l’accueil des nouveaux arrivants, me reçoit. Après une conversation très intéressante, il m’explique les règles du lieu à adopter.

Il y a d’abord cinq préceptes de formation :

  • s’abstenir de mettre intentionnellement fin à la vie de toute créature vivante.
  • s’abstenir de prendre tout ce qui n’est pas donné.
  • s’abstenir de toute activité sexuelle.Damn it
  • s’abstenir de discours injurieux ou malveillant.
  • s’abstenir de prendre des boissons alcoolisées, de la drogue, ou du tabac.

Il y a ensuite trois préceptes de renoncement à respecter :

  • manger un repas par jour. Cela libère du temps pour la méditation et améliore la simplicité de vie.
  • s’abstenir de musique, de téléphone portable, de jeux et de livre distrayant. Ne porter ni bijoux ni autres artifices. Et ne parler qu’en cas de nécessité. Cela aide à concentrer son attention.
  • s’abstenir d’utiliser un lit pour dormir. Cela développe les qualités de prise de conscience et d’éveil. Cela permet aussi de garder l’attention claire en toutes postures et en toutes activités tout au long de la journée.

Il me rassure juste après en me disant qu’il ne fallait pas que je m’en fasse si je faisais quelques erreurs. Personne ici ne m’en voudrait, car je suis nouveau. Ouf !

Il me conduit ensuite à l’endroit où je devais passer mes prochaines nuits : le dortoir des invités.

L’endroit est réduit au minimum. Un matelas à même le sol qui fait office de lit. Une lampe torche et une serviette de toilette. Le moine me donne un ensemble blanc à porter durant mon séjour avant de me demander de le suivre dehors.

Mes premiers pas

Tout en marchant, le moine m’explique le déroulement d’une journée type :

Journée type dans le temple de Nanachat

  • Lever à 3 heures du matin (oh my god!),
  • Chanting de 3 h 30 à 4 h (c’est quoi le « Chanting » ?)
  • Méditation de 3 h 30 à 5 h
  • Nettoyage, récolte de nourriture, cuisine de 5 h à 8 h
  • Repas servi à 8 h (le seul de la journée…)
  • Temps libre de 10h à 16h
  • Nam pana à 16h (Pause thé)
  • Chanting et méditation de 18 h à 20 h

J’étais arrivé au monastère pendant le temps libre où chacun s’occupe comme il le souhaite. Méditation, lecture, yoga ou même une sieste…

J’en ai donc profité pour visiter les lieux seuls. J’ai remarqué des cabanes sur pilotis habitées par des moines qui vivaient dans ce temple depuis de nombreuses années. J’ai été stupéfait de voir qu’elles n’étaient pas plus grandes qu’une salle de bain. Je savais que les moines vivaient dans un grand dénuement mais le voir de mes propres yeux, c’était autre chose !

Pause thé

À 16 h vient l’heure du Nam pana. C’est une pause quotidienne où le thé est servi et les règles de vie assouplies. J’en profite pour boire un thé en compagnie d’un moine (allemand) qui me sort quelques blagues. Je me suis senti plus à l’aise après ça, car ça a brisé quelques idées reçues que j’avais sur eux.

La découverte du chanting et de la méditation

Vers 18 h je me dirige en même temps que les autres moines vers une grande salle pour le chanting.

Le chanting consiste à réciter de manière chantée les enseignements du Bouddha en pàli, l’ancienne langue parlée en Inde.

Étant le dernier arrivé dans la communauté, je me retrouve tout à l’arrière du groupe de moines. Quand la cérémonie commence, je ramasse un livre posé à côté de moi. Il est censé aider les nouveaux arrivants pour le chanting, et je commence à… chanter ? Je vous assure, mais avec toute la bonne volonté du monde je n’ai pas réussi à chanter une seule fois juste. Heureusement mon charabia se noyait dans le chant des autres.

Chanting

Vers 18 h 30 tout le monde se met à méditer et je me sens encore plus stupide. Je connaissais le concept de méditation, mais que fallait-il faire concrètement ? Me concentrer sur ma respiration comme je l’avais lu sur internet ?

Comme je n’étais ni en danger ni en quoi que ce soit d’autres, il m’était interdit de parler. Ce soir-là, donc, mes questions sur le sujet restent sans réponse.

Pour suivre le mouvement, je m’installe en position de méditation et ferme les yeux.

Instinctivement, je me laisse emporter par mes pensées. Qu’est ce qui a bien pu me mener dans ce temple ? Je revois les images de mon parcours à travers le Vietnam et le Laos. Toutes les personnes formidables que j’ai croisées défilent dans ma tête. Alex le globe-trotter qui m’a poussé à voyager jusqu’au couple de Néozélandais qui m’avait parlé du temple bouddhiste dans lequel je me trouvais.

Je repense aussi à mes amis, mes parents…
Impossible de me concentrer sur ma respiration, j’ai l’impression de faire tout l’inverse d’une méditation. Ça m’énerve.

Une fin de journée pleine de doutes

Vers 21 h, il se met à pleuvoir violemment. Je me dirige en courant vers mon dortoir et m’installe sur le perron. Je repense à ma journée tout en regardant la pluie tomber. Un tas de doutes et de questions me traversent l’esprit.

Juste à côté, un moine est en train de lire devant sa porte. J’engage timidement la conversation. S’ensuit une longue discussion sur différents sujets autour de la walking méditation. Il m’expliqua que cela consistait à méditer tout en marchant très très lentement pour atteindre le présent absolu.

Il me dit aussi que le but est de se concentrer sur ce qui passe autour de soi, dans l’instant présent. Se concentrer sur ses émotions et ses sensations pour atteindre la paix intérieure. Quand je lui ai demandé quelle sensation cela faisait d’être dans cet état, il me dit avec un sourire :

— Tu me demandes de décrire des couleurs à un aveugle.

Vers 23 h, je me couche en me demandant si j’ai bien fait de venir là. J’espérais vivre tout un tas de nouvelles expériences, mais certaines n’étaient peut-être tout simplement pas faites pour moi.

Le jour suivant

Le réveil à 3 h du matin par les gongs fut moins horrible que je ne pensais. Après les différents rituels, on me confia le soin de nettoyer les allées qui menaient au temple avec un grand balai. Je compris mieux pourquoi tout était si propre en arrivant la veille.

À l’aube, un moine me propose de le suivre dans le village de Bung Wai pour récupérer la nourriture offerte par les villageois. Je dois simplement le suivre un grand bol à la main. Un enfant nous accompagne.

Dans le village

Je suis surpris de voir tant de personnes à l’entrée du village. Chacun dépose une poignée de grains de riz dans le bol.

Mais ce qui me marque le plus, c’est cette vieille dame. Elle a du mal à marcher et pourtant je la vois rejoindre la route principale du village depuis son perron. Elle porte une chemise à carreaux toute déchirée et des sandales. Elle se dirige lentement vers moi.

Pendant un instant, j’ai cru qu’elle allait me demander de l’argent. Ne voyait-elle pas que j’étais avec les autres moines ?
Arrivée devant moi, elle tend la main, lentement, et dépose une toute petite poignée de riz dans le bol. Presque rien. Si peu que j’aurais pu compter chaque grain de riz.

Et là, à ce moment très précis, des crampes m’ont crucifié l’estomac. D’un seul coup. C’était horrible !

J’ai aussitôt repensé à ce que j’ai mangé la veille.

Mais, je n’ai absolument rien mangé.

Une piqûre d’insecte bête ? Nan, impossible. Aucune trace visible sur mon corps, ni de démangeaisons.

Mais qu’est-ce que c’est alors ?!

En fait, c’est juste la honte.

Oui, c’est ça, je me sentais honteux. Honteux de voir cette vieille dame, toute souriante, qui n’avait rien sur elle, venir déposer une poignée de riz dans le bol que je tenais. Honte sur moi qui viens de France et juste ici pour profiter d’un « bon plan voyage ». Honteux de vouloir profiter de cette situation, pour mon simple plaisir et surtout aux dépens des autres.

Ma seule envie à ce moment-là : lâcher ce bol et me casser loin.

– Ça va ? me demanda le moine en souriant
–… Euh.. Oui. Ça va.
– C’est l’heure du repas, l’unique de la journée, allons-y.
–… OK

Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai repensé à ce que m’avait dit ce moine la veille sur le fait de focaliser son attention sur les choses autour de soi. Je passe donc le chemin du retour à regarder ce qui m’entoure ; les arbres, les oiseaux, les pierres sur la route, le soleil…

Une routine vers une paix intérieure

Jour après jour ce fut la même routine. Un jour se fondant sur l’autre.
L’absence d’horloge et de calendrier m’a complètement fait perdre la notion du temps. Mes questions quotidiennes comme

« Que vais-je manger ? »
ou « À quelle heure vais-je pouvoir faire ceci ou cela ? »

ont été remplacées par une routine solide qui m’a conduit à une paix d’esprit que je n’avais jamais ressentie avant.

En fait, je ne sais pas si on peut appeler ça « paix intérieure ». Mais le fait de ne penser à rien d’autre que mes tâches quotidiennes a tout simplement soustrait les problèmes/questions/angoisses du quotidien. Je me focalisais simplement sur chaque chose à faire. Si je devais laver les assiettes par exemple, je les lavais en mettant toute mon attention dessus. Pareil en balayant la route principale. Je n’avais pas fini tant que toutes les feuilles n’étaient pas dégagées du chemin.

Paix intérieur

J’ai passé 6 jours dans ce temple, et j’avais l’impression d’y être resté des mois !

J’ai quelques fois brisé la loi du silence pour pouvoir discuter avec d’autres voyageurs qui étaient dans ce temple depuis un bon moment. Il y avait d’ailleurs beaucoup d’Occidentaux.

Mon départ du temple bouddhiste

Après une semaine, j’ai décidé de partir… Mon visa expirait sous 10 jours et je n’avais pas encore acheté mon billet de retour pour la France. De plus, il aurait fallu que je me rase complètement la tête, la barbe et les sourcils, si je souhaitais rester davantage.

Au fond, l’idée ne me dérangeait pas mais je devais rentrer à Paris en tant qu’à faire, j’y serai mieux le crâne « couvert » !

En ressortir grandi

Cette expérience a complètement redéfini mon mode de vie. Elle m’a appris qu’on peut très bien vivre simplement et dans le moment présent ce qui est plus difficile que ce qu’on imagine. Elle m’a aussi apporté une paix intérieure que je ne soupçonnais pas.

Elle m’a aussi ouvert les yeux sur des choses que je n’ai pas souhaité aborder ici…

Avec le recul, je pense que ma conversation avec ce moine sur le présent absolu a beaucoup influencé le reste de mon séjour. J’ai la sensation de l’avoir effleuré du bout du doigt. Pour l’atteindre complètement, il aurait fallu que je reste un plus longtemps…

Je ne sais pas s’il y a une morale à tout cela, j’espère simplement que mon récit vous aura donné une idée de ce à quoi peut ressembler un séjour dans un temple bouddhiste.

J’aimerais terminer l’article en partageant ce vieux « documentaire » qui a été tourné dans ce même temple par des moines. Il présente la vie de bouddhistes sur place. La forme pourrait peut-être en rebuter certains, moi je l’ai trouvé très touchant.

Information pour vous rendre à Wat Pah Nanachat

Wat Pah Nanachat se situe près du village Bung Wai.

La moitié des moines dans ce monastère sont d’origine étrangère. Il n’y a pas de limite à la durée de séjour dans ce temple, mais si vous êtes un homme et que vous décidez rester plus de 7 jours, il faudra vous raser la tête, la barbe et les sourcils. Faites attention à ne pas dépasser la durée limite de votre Visa.

Le train est le moyen le plus facile pour y arriver depuis Bangkok. Un tuk tuk vous conduira directement au monastère depuis la gare de Ubon Ratchathani pour environ 100 bahts.

Pour séjourner dans ce temple, il vous faudra leur écrire à l’avance à cette adresse :
Wat Pah Nanachat
Bahn Bung Wai
Ampher Warin Chamrab
Ubon Rachathani 34310
Thaïlande

Site officiel : www.watpahnanachat.org

Si cet article vous a plu, et que vous souhaitez avoir des plus d’information pour préparer vos voyages, je vous recommande ces guides que j’ai écrits (ou coécrits). Ils regroupent des tas d’informations sur les sujets qu’ils présentent.

Voyage en van
Voyage moto vietnam
Aménager son van de A à Z