TASSILI N'AJJER MARS SUR TERRE

Au coeur du Sahara en Algérie

Par Ryan Lesacados

Il y a quelques temps  j’ai eu l’occasion de partir explorer le parc du Tassili N’Ajjer en Algérie, situé à la frontière avec la Libye et en plein désert du Sahara. 7 jours de bivouac dans des paysages sublimes : un condensé de roches ciselées par les vents, d’étendues désertiques et de dunes de sable rouge. Mais également une immersion au cœur de la culture touarègue, un peuple riche de ses traditions et d’une grande générosité. Voici le récit de cette aventure.

Certaines vidéos contiennent du son, pensez à l'activer pour profiter pleinement de l'expérience.

AUX PORTES DU DÉSERT

Décollage en fin de journée vers Djanet, ville de 15 000 habitants aux portes du désert... L’arrivée est irréelle. L'impression d'atterrir au milieu de rien... Enfin, au milieu d'un énorme tas de sable avec un ciel bleu azur.  Après avoir récupéré mon sac, je me dirige vers la sortie où Bey, mon guide touareg, m’attendait.

Dans la voiture nous échangeons sur l’histoire de la région, le programme du trek et la Sebiba, une célébration qui aura lieu le lendemain à Djanet.  Chaque année, cette fête réunit les Touaregs du Tassili N’Ajjer et des pays voisins pour commémorer et célébrer un pacte de paix qui fut signé pour mettre fin à une guerre entre les tribus de la région.  Le lendemain matin nous prenons la route pour la place principale où ont lieu les festivités.

LA SEBIBA

Arrivé sur la place, je quitte Bey et me fraie un chemin au milieu de la foule pour être au plus près du spectacle.  Je me retrouve juste derrière un groupe de femmes touarègues vêtues de costumes traditionnels aux couleurs vives.

Beaucoup de monde, du bruit, on sent que cette journée est l’évènement de l’année, celle que tout le monde attend..

La musique, les chants, les différentes danses, le reflet des bijoux des femmes et le son des épées des hommes qui cliquent se complètent pour former un spectacle enivrant.

Plus tard, Bey me confia que les paroles sont tellement anciennes que même les locaux n’en connaissent plus complètement le sens.

LE SAHARA

Le lendemain c'est en 4x4 que nous quittons Djanet avec Saleh, notre cuisinier. Après une heure de route un panneau indique Libye ou Niger.

Nous poursuivons pour arriver au parc, à l’entrée duquel se trouve un barrage militaire.  La zone, quoique proche de la Libye, est très sécurisée par l’armée, impossible d'explorer la région sans un guide local cértifié.

Nous évoluons vers les profondeurs du parc avec le 4×4 qui se fraie un passage sur les routes escarpées.

Peu à peu, le Sahara révèle ses premiers paysages grandioses.  Tout autour, les dunes de sable alternent avec un paysage de roches de grès noires aux allures de Star Wars.

La suite de l’après-midi, j’aperçois mes premiers dromadaires.  Bien qu’ils aient l’air de se balader librement, Bey me confia que la majorité d’entre eux sont domestiqués et qu’un chamelier n’est jamais vraiment loin.

En fin de journée, nous arrivons dans le fond d’une vallée. C’est là que nous établirons notre premier camp.

UN BIVOUAC SOUS LES ÉTOILES

Être dans le Sahara c’est être coupé du monde. Mais c’est aussi être prêt à renoncer au confort pour s’imprégner de la vie des Touaregs.

Je l'ai rapidement compris quand Bey m’a annoncé que nous allions dormir sans tente, sans sac de couchage et à la pleine étoile durant les prochaines nuits. Sur le coup, j’avoue avoir imaginé quelques scénarios catastrophiques où je me faisais emporter par une tempête de sable pendant la nuit. Ou encore piétiner par un troupeau de dromadaires avant de me faire grignoter par des serpents.

Mais je la joue confiant comme un tigre et pars installer mon matelas un peu plus loin, en regardant le soleil se coucher.

Ce soir-là, nous mangeons une taguella, du pain cuit sous le sable. La recette est simple:  faire cuire la galette pendant 20 minutes sous les braises dans le sable, puis la sortir, l’émietter et la plonger dans une sauce.   C’est tellement bon que j’en reprends 3 fois.

Pendant la nuit, l’idée de m'installer sur le sommet d'une dune me vient. Je rassemble mes affaires puis me lance. Après 20 bonnes minutes de marche dans le sable, de pas lourds et fatigants, j'hésite à faire demi-tour. Plus je montais et plus j'avais le souffle court.  Je ne renonce pas et continue mon ascension en trainant le matelas à bout de bras.  Arrivé là-haut, la vue est sublime... Comment la nature a-t-elle pu créer quelque chose d'aussi hypnotique, d'aussi parfait ? 

Devant moi, s'étendaient des allées de dunes à perte de vue. Le ciel, d'un bleu profond, recouvrait le désert d'un tapis étoilé. Mais le plus beau fut de me réveiller devant ce spectacle.  Je suis comme un gosse devant tant de beauté.

LE DÉSERT, LE VRAI

Au petit matin je savoure le paysage pendant un moment, puis redescends la dune moitié debout, moitié en surf.

Après le petit déjeuner et les caprices d'un 4x4 vite déjoués, nous traversons un grand plateau aux allures de Mad Max.

En pénétrant plus en avant dans la Tadrart, les dunes de sable remplacent peu à peu les pitons rocheux. Nous arrivons bientôt au pied de Tin Merzouga, impressionnante dune de sable de 1 300 mètres de hauteur. L’une des plus hautes de cette région!

Forcément en voyant ça, je me devais d’aller en haut. Mais la montée sur 300 m de dénivelé n’est pas facile à cause du sable qui glisse sous mon poids, du genre « un pas en avant, deux pas en arrière ». Je me fais doubler par Bey qui, contrairement à moi, avance avec autant de classe qu'un gentleman.

Arrivé sur la crête, je tombe épuisé. Mais l’effort en vaut la peine : en haut, le paysage est grandiose, fait de plateaux désertiques à perte de vue.

Le spectacle était magnifique : le soleil encore parfaitement rond s'apprêtait à disparaitre derrière les autres dunes du Sahara, donnant des couleurs rougeoyantes et orangées au ciel.  Très vite il ne resta plus qu'un petit bout de soleil, puis plus rien, juste le ciel embrasé de couleurs vives et presque irréelles.

PEINTURE D'UN AUTRE TEMPS

Nous laissons peu à peu ces vastes étendues pour progresser à travers des enchaînements de tas de sable, creux à prendre au ralenti, et dunes à pleine vitesse…

Tout au long de la journée nous faisons de nombreux arrêts pour admirer sur la roche, vaches, gazelles et autres animaux peints en grand nombre.  Ces peintures et gravures nous rappellent que le Sahara fut, il y a plusieurs milliers d'années, une zone de pâturages fertiles. Un monde peuplé de girafes, de buffles et de rhinocéros.

15000 oeuvres  qui racontent 6000 ans de changement de climat, de migration de la faune, et d'évolution de la vie humaine aux confins du Sahara.  Comme un grand livre du désert. 

Et comme souvent, un livre qui contient des mystères.  À commencer par celui de ces êtres étranges qui apparaissent dans certains dessins et dont les formes n'indiquent ni un animal ni vraiment un humain.

LE RETOUR

C'est le dernier jour. Je m’endors le reste du trajet pour arriver en fin de journée à Djanet. Après une douche bien méritée et un dernier repas avec mes hôtes, je rejoins l’aéroport pour rentrer en France.

Encore aujourd'hui, quelques années après, j'ai la tête pleine d'images de ce magnifique périple. Merci à Bey et Saleh pour ces moments magiques, loin de la civilisation.