En immersion au Guatémala, VDN milite pour un tourisme alternatif

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En immersion au Guatémala, VDN milite pour un tourisme alternatif

J’accueil aujourd’hui un article invité de Mikaël qui va nous parler de son expérience d’enseignement au Guatemala avec Kalagan !

Kalagan et moi, nous nous connaissons depuis 2008. J’étais alors secrétaire de rédaction et chroniqueur pour l’encyclopédie musicale Music Story.
En 2009, on s’installe en coloc, on discute pas mal de voyages. Il s’était rendu dans un pays peu touristique : le Cameroun, ce qui avait constitué un déclic pour lui et l’avait incité à quitter son taf pour se lancer dans le pari d’une vie d’indépendante et de nomade digital. Pari gagné, d’ailleurs, puisque à présent il est pleinement indépendant : il est son propre patron.

A l’époque, je lui parlais de mon désir de connaître l’Amérique latine, particulièrement le Mexique, voire le Chili. Mais ces projets-là sont restés quelque temps en dormance. On en a reparlé à l’été 2010 et commencé à échafauder deux projets solides. C’est que, lui comme moi, on n’a pas spécialement le désir d’un voyage qui consiste à aller tous les 5 jours d’un lieu à un autre. On aime les excursions, mais on est d’accord pour dire que ce n’est pas ce qu’il y a de mieux dans le voyage : on a surtout le goût de l’immersion, combiné au désir de transmission. Si bien que l’idée a fait son chemin et qu’on a créé une association qui, non seulement nous permettrait de travailler en voyage, donc d’amoindrir les dépenses, mais en plus nous permet de tisser des relations qui aillent en deçà de la surface des salamalecs et rires gênés.

J’avais depuis longtemps gardé le souvenir précieux de l’été 2004 passé en Palestine, où j’avais encadré des adolescents dans la réalisation de courts reportages et docus vidéo. Kalagan, plus récemment, a découvert le plaisir d’enseigner dans un orphelinat du Kenya où il a donné en 2012 des cours de maths. C’est avec de telles expériences en arrière-plan qu’on a fondé une association, Ateliers francophones de journalisme (ou « AFJ »). Et c’est comme ça qu’on a réussi à trouver une Alliance française intéressée par ce projet : celle de Quetzaltenango, dans l’ouest du Guatémala.

Volcan Santa Maria

Pour un tourisme alternatif et contre le tourisme de masse

Parallèlement, et d’ailleurs de façon corrélée, on créait fin 2011, Voyageurs du Net. On a surtout commencé à l’animer de façon régulière à partir de l’été 2012. L’objectif s’est clarifié peu à peu, à mesure qu’on l’alimentait, qu’on réfléchissait à notre pratique du voyage, à ce qu’on approuve, à ce qu’on réprouve, à ce qu’on veut, qu’on défend, à ce qui nous surprend et nous enthousiasme, etc. Notre site est collaboratif : nous œuvrons à réunir blogueurs-voyageurs et associatifs ou professionnels du voyage pour défendre une autre vision du voyage et du tourisme que celle des grosses entreprises capitalistes du voyage, qui profitent avant tout aux actionnaires et très peu aux populations locales… quand l’impact n’est pas tout bonnement nocif. Je ne m’attarderai pas à évoquer les dégâts du tourisme de masse : nous avons déjà évoqué le sujet – et continuerons à le faire – dans notre rubrique « Editos et réflexions », ou sur d’autres sites, comme Ragemag.fr.

L’arrière-plan, le substrat de notre démarche est donc ouvertement moral et humaniste, voire politique, socialiste au sens historique du terme – et non pas au sens de cette tromperie d’un Parti prétendument socialiste qui n’en a plus que le nom. Une vision donc fraternaliste, internationaliste – donc égalitaire. Le tourisme ou le voyage a des conséquences et nous préférons favoriser ce qui permet que celles-ci soient bonnes : sur le plan environnemental et sur le plan social (répartition des revenus du tourisme, respect des populations… ce qui ne veut pas dire acceptation béate de tout) en premier lieu.

J’invite tes lecteurs et, de façon générale, tous les blogueurs, voyageurs, citoyens, militants, professionnels et bénévoles du tourisme alternatif et du voyage responsable ou insolite, à nous rejoindre, soit en cliquant « like » et en partageant nos articles, soit en commentant, en donnant leurs conseils… soit carrément en participant et en nous proposant des articles. Notre site est clairement un blog collaboratif et communautaire.

Kalagan et Mikael

Notre parcours jusqu’au Guatémala

Nous voici donc armés d’un double projet, celui des ateliers nourrissant le site Voyageurs du Net. En effet, les travaux que doivent réaliser les élèves sont des articles journalistiques (l’atelier, je le reprécise est un atelier de web-journalisme), que nous publions sur notre site. Nous partons le 3 septembre de Francfort, pour l’immonde Cancún, porcherie typique du tourisme industriel où se déverse tout l’an des cargaisons d’irresponsables ignorant tout des conséquences gravissimes – sociales, environnementales – de leur passage. La raison est pratique : le vol est bien moins cher qu’un vol direct qui nous aurait conduit à la capitale du Guatémala…

On s’en éloigne bien vite, pour choisir de passer quelques jours dans le village magique de Bacalar, lieu qui, sans être vierge de tourisme, a quelque chose de plus sain, de dimension plus humble. La lagune y est splendide, l’atmosphère, chaude et rafraîchie par la proximité de l’eau, incite à la paresse, à une plaisante mollesse. Rétrospectivement, je me dis que ce lieu, comme d’autres visités, donne une idée de ce que pourrait être un tourisme raisonnable – bien qu’il y ait des critiques à faire, dans le cas de Bacalar comme ailleurs, sur la privatisation du littoral à quoi il conduit aussi –, à savoir moins de grands centres touristiques (côte d’Azur, Cancún, Bali, Eilat…) et beaucoup plus de petits sites aux proportions limitées, sans grands hôtels ni dévastation des ressources naturelles. Autrement dit : de petites entreprises familiales gérées par des locaux, plutôt que des chaînes d’hôtel appartenant à des capitalistes. Et cependant, même ce modèle local semble, à un certain stade, poser problème. Nous avons vu, au fil de nos pérégrinations, au Salvador (Playa El Tunco) ou au Mexique (Mazunte), qu’un petit village peut garder des proportions raisonnables… jusqu’au stade où il devient « hype »… et attire davantage de gens, donc d’investisseurs, perdant sa simplicité…

Bref. Après avoir traversé le Belize et sa pluie tropicale, puis passé quelques jours dans le Petén (nord du Guatémala), nous débarquons à Quetzaltenango (ou « Xela »), deux ou trois jours avant la fête de l’indépendance des pays d’Amérique centrale (15 septembre). Une indépendance qui d’ailleurs mérite d’être sévèrement questionnée, quand on mesure combien les oligarchies dominent comme une aristocratie du fric, se gavant des richesses de leurs pays et laissant leurs populations dans la misère et la violence…

Des cours sérieux… mais pas trop

Un metier à risqueC’est le directeur de l’Alliance française, Joffrey Nanquette, qui nous accueille durant les 3 mois de notre présence sur place, dont 2 à donner des cours. Ce mec, qui a lui aussi beaucoup voyagé (en Afrique, notamment en RDC où son expérience dans l’humanitaire lui a permis de développer un regard très critique sur ce monde-là ; en Amérique du Sud, qu’il a parcouru en vélo pour trois personnes ou « triplette », avec deux amis), est une crème. On passera près d’un trimestre, avec lui et ses amis, qui deviennent bientôt les nôtres.

Côté cours, on début le 17 septembre, avec notre premier groupe. L’ambiance est excellente, le niveau des élèves assez bon et leur motivation plus encore. Sur l’ensemble des deux mois, j’aurai comme Kalagan un plaisir toujours égal à aller donner des ateliers pour ces élèves à l’esprit vif et mature, avides d’apprendre. Il faut dire que l’âge est un paramètre d’importance : ce premier groupe était surtout constitué de jeunes adultes en cours d’études.

Et c’est un bonheur partagé, qu’un élève me confirmera dans l’évaluation qu’il nous rendra à la fin des ateliers, en nous écrivant que l’ambiance était détendue et plaisante, mais sans laxisme. Pile ce qu’on voulait. Et les résultats s’en ressentent, comme en attestent les articles – majoritairement de ce groupe – que nous avons publiés sur VDN sous le nom d’auteur alliance française de Quetzaltenango », ou encore l’excellente enquête de Patricia Velasquez sur le 13 B’aktun (déformée par mécompréhension en « apocalypse maya »), publiée sur Ragemag.fr.

Ateliers francophones

Outre les rudiments techniques de blogging et d’écriture journalistique, on s’est autorisé pas mal de déconnades ou de digressions et les élèves, en majorité, ont quiffé. Ce pouvaient être des mots du français parlé, y compris des grossièretés, tout aussi bien que des développements d’étymologie où je remontais au français du XVIIIe siècle… Ce pouvaient être des concepts-clés, comme par exemple « Pan-pan-cul-cul », qui était ce que je promettais à tous ceux qui auraient du retard dans leurs exercices… ce que, bien entendu, je n’ai jamais fait, malgré les retards.

Cette expérience nous a permis d’approcher un peu des habitudes sociales, qui nous choquent. L’exemple le plus frappant, c’est l’utilisation du téléphone en classe, qu’on interdit bien vite, en confisquant à l’occasion. Or, on nous apprend que certaines universités laissent passer. Et que, grosso modo, il vaut mieux ne pas trop fâcher les fils et filles à papa. Un des élèves de notre atelier, un Néerlandais installé à Xela, qui a été journaliste et est professeur d’histoire de l’art dans une des universités, nous raconte qu’il a été la cible – ratée – d’une balle tirée depuis la rue, après qu’il eut donné une mauvaise note à un fils à papa. Un autre prof, nous apprend-on quelques jours avant que nous quittions la ville, a été frappé par des hommes de main envoyés par le président la Chambre du commerce locale, dont le fils avait reçu une mauvaise note. Dans un pays où l’État ne protège pas sa population et où les fonctionnaires sont des corrompus et des antipatriotes, nous avons vu un aperçu dans tous les domaines – économique, social, comportemental, éducatif, etc. – de ce qui se rapproche le plus du libéralisme tel qu’il est promu par ses défenseurs les plus antiétatistes. A savoir : une société où les plus forts et les plus friqués, même s’ils sont cons, ont tout l’ascendant.

Découverte d’un pays magnifique… et très pollué…

Mais notre expérience guatémaltèque ne s’est évidemment pas bornée à la ville de Quetzaltenango et aux ateliers. Nous avons pas mal exploré l’ouest du pays – la Antigua, Guatemala (la capitale), Coatepeque, la côte pacifique, le lac Atitlán et un tas de lieux très épargnés du tourisme de masse. Au total, cette expérience d’immersion nous a permis de nourrir une compréhension politique et sociale du pays, avec les leçons qu’on peut en tirer de façon plus universelle… Et sur le plan plus thématique du tourisme et du voyage, mais encore de l’écologie, cela nous a permis de saisir la réalité diverse du pays.

Un pays où, faute d’éducation et de sensibilisation à la question écologique (c’est-à-dire faute d’intérêt pour leur pays et leurs administrés de la part des fonctionnaires corrompus et dirigeants issus de l’oligarchie et parfois liés au narcotrafic), la population considère la nature comme une poubelle à ciel ouvert. La majorité des lieux visités et le bas-côté des routes, sont partout jonchés de déchets (emballages de sucreries et chips, petites assiettes de polystyrène, sacs poubelle, etc.).

Cependant que la majorité de la population est très chrétienne et/ou pratiquant des cultes mayas (dont la cosmogonie accorde une importe primordiale à la terre et aux éléments naturels), tous souillent sans même s’en rendre compte, la Création de leur(s) dieu(x). Et sans mesurer les conséquences terribles engendrées en terme de pollution des rivières, des sols, des lacs (le lac Atitlán est l’un des plus pollués du continent, ce qu’on a pu constater avec les nappes de déchets flottant çà et là)… donc de leur alimentation…

Et si quelques communautés organisées ou quelques associations, comme nous en avons vu à Coatepeque ou à Chicabal, contribuent à sensibiliser, le problème est d’une telle envergure que ces petits acteurs paraissent dérisoires face à l’immensité du problème écologique et éducatif… qui paraît presque dérisoire lui-même, quand on le rapporte aux innombrables problèmes qui pourrissent ce pays magnifique, qui mérite vraiment, vraiment d’être visité.

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