Mon voleur m’a enrichie

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Mon voleur m’a enrichie

Je reçois de nombreux mails de lecteurs partageant avec moi leurs histoires, leurs rencontres, leurs joies, leurs peurs, bref tout ce qui peut faire un voyage.

Parce-que ces mails permettent de s’évader un moment, de comprendre autrement ou de réaliser quelque chose, j’ai décidé de les publier sur le blog (avec accord de leur auteur) afin de vous inspirer toujours plus.

Salut Ryan !

Tout d’abord, je tiens à te faire part de ce hasard fou : je découvre ton blog (dans le cadre de recherches passionnantes pour mon prochain séjour en Amérique Latine, sur les milliers de possibilités d’assurance voyage qui s’offrent à moi !) et c’est à la date du 19 novembre, à 2h du matin, que je tombe sur ton article d’anniversaire. Alors joyeux anniversaire à toi !

Laisse-moi te conter mon cadeau pour toi, afin de te remercier de toutes les richesses que tes articles nous offrent ; je te présente le récit, en vrac, de l’événement (à première vue, le pire incident qui puisse arriver à un voyageur, problèmes de santé mis à part) et qui a changé d’une manière incroyable ma façon d’accueillir et d’appréhender les embûches que la vie nous offre et les petits plaisirs simples dont on ne s’aperçoit plus.

A plus de 3 000 mètres des hauteurs andines, au cœur de l’ancien empire Inca, dans la très belle ville de Cusco, nous avons été cambriolés avec mes compagnons d’infortune, en pleine nuit, pendant notre sommeil, dans une chambre de 15m2 de l’auberge où nous travaillions comme volontaires depuis plusieurs semaines (contre le gîte et le couvert).

Il y avait deux lits superposés, ainsi qu’une autre petite chambre ouverte sur la nôtre, avec un lit pour l’administrateur de l’auberge (un Péruvien avec qui je m’entends très bien), moi, je dormais avec mon copain péruvien dans un des petits lits du bas, nos téléphones (pas intelligents) étaient posés sur le lit d’à côté, et les deux autres volontaires, de très bonnes amies aussi, une mexicaine et une américaine, dormaient sur les lits du haut.

Malgré la nuit alcoolisée et agitée de la veille, qui avait terminé bien tard (non, bien tôt) nous avions prévus de nous lever à l’aube, en ce dimanche qui nous promettait son ciel bleu, pour profiter de notre jour de congé commun et partir visiter les impressionnantes terrasses circulaires de Moray. Contre toute attente, c’est la forte luminosité dans la pièce qui m’a réveillée naturellement, remplaçant la douce sonnerie du réveil de mon téléphone qui avait disparu.
J’alerte tout le monde, et nous découvrons ensemble la chambre vidée de notre habituel bazar sans nom. Tout avait disparu, il ne restait plus que nos vêtements.

Sacs à mains, sacs à dos, passeport, carte d’identité, permis de conduire, cartes bancaires, cash ($, € et /S) ordinateurs, appareils photo, tablettes, mp3, téléphones intelligents et non intelligents, bijoux et autre matériel de voyage.
Et bien, après des cris, des soupirs et des pleurs certainement, au moment de nous décider à nous rendre à la police déclarer tout ça (sacrée aventure d’ailleurs, qui mériterait une nouvelle tartine) au moment donc de quitter notre minuscule chez-nous, qui donne directement sur une sorte de cours intérieures/ruelle, les portes grandes ouvertes, sous le soleil discret de notre entrée, nous nous mettons à réfléchir, l’air sérieux, sur le nouveau système de cadenas que nous pourrions peut-être installer sur notre porte, je propose que l’on parte simplement en laissant les portes ouvertes comme elles l’ étaient déjà, qu’est-ce qu’on risquait de plus maintenant ?

Nous nous sommes tous regardés et avons éclaté de rire.

Voilà un souvenir gravé à jamais.

S’en suivent, des heures et des heures d’entretiens, enquêtes, voyages administratifs pour renouvellement de papiers d’identité, négociations, 23h de bus de nuit, renouvellement de visa, angoisse des photos et autres documents qui peuvent ne pas convenir, voyage avec un ami péruvien qui a aussi été cambriolé (par les mêmes voleurs, 2 semaines plus tôt !)
Mais, mais, mais, mais, s’en suivent des anecdotes mémorables, des amitiés plus soudées que jamais, des moments insolites dans la petite voiture de police cusquénienne à 5 sur la banquette arrière, la visite de lieux magnifiques que je n’aurai jamais découvert si je n’avais pas été obligée de parcourir les 1 000 km qui séparent Cusco de l’ambassade française de Lima. Et surtout, surtout, un juste retour des choses.
Je m’explique.

Les pauvres voleurs retrouvés, et récemment jugés (des hommes simples, de Cusco, la cinquantaine, tête basse lors de la séance de reconnaissance des objets perquisitionnés) étaient loin de paraitre fortunés, ils habitent même une maison très vétuste. Et bien, aujourd’hui, 6 mois après qu’ils aient passé la main à quelques centimètres de mon visage pour récupérer un vieux téléphone désuet pendant mon sommeil, je leur pardonne. Je me fiche qu’ils aient volé cet ordinateur qui m’avait coûté dans les 500€, mon appareil avec toutes les photos de mes récentes aventures, mes sous, la totalité de mes papiers d’identité, mes deux sacs à dos et les milliers de petites choses qui s’y trouvaient.

Ce que j’en retiens, en plus du fait que c’est pour moi une forme de redistribution des richesses, c’est que dans les jours qui ont suivis, je me sentais libre ! Libre de toute obligation, de faire attention à tout objet de valeur, de manipuler ces objets sans cesse. Les formalités administratives mises à part, j’avais cette agréable sensation de liberté.

Aujourd’hui, je vois les choses différemment
. Je pense que je partage plus qu’avant, un sourire, un coup de main, une idée, une petite pièce, un conseil, une épaule. C’est tout bête, je sais, et ce que je vais rajouter va confirmer le cliché, mais lors de nos balades en amoureux avec mon ami péruvien, je prenais des photos imaginaires avec mes mains, des images enregistrées dans ma mémoire. La verdure époustouflante des hauteurs andines, la vue panoramique sur la ville illuminée, le ciel gorgé d’étoiles étincelantes, tout cela, non pas à travers mon écran pour ensuite partager le meilleur cliché, mais directement à l’oeil nu ! tout en ayant une douce pensée pour mes proches, à qui j’aimerais, le temps d’un instant, offrir mes yeux pour qu’ils admirent la beauté de ces contrés lointaines.

Ce vol ne m’a pas démunie, il m’a allégée. Loin de m’avoir dépouillée, il m’a enrichie.

Marjolaine

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